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Tout en douceur

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La note du jour
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Juin 2009 : 1 article
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Avril 2009 : 1 article
Mars 2009 : 1 article
Février 2009 : 1 article
Décembre 2008 : 2 articles
Septembre 2008 : 1 article
Août 2008 : 2 articles
Juillet 2008 : 5 articles
Juin 2008 : 2 articles
Mai 2008 : 8 articles
Avril 2008 : 8 articles
Andante
un p'tit pour la route
Dimanche (28/06/09)
Border line
--> Bord de mer
Je crois que le seul endroit où je parviens à retrouver la sérénité et faire le vide en moi est le bord de la mer.
Aujourd'hui encore le charme s'accomplit, face à un trésor mouvant et étincelant.
La vie s'agite paisiblement autour de moi en cette fin de journée dominicale.
Je laisse les rayons m'envahir de leur chaleur réconfortante, je sens le souffle de la brise légère apporter la sensation de respirer un air vivifiant.
J'entends de multiples bruits feutrés au loin, la foule des humains ne connaît pas le calme mais ici elle n'est pas oppressante.
Tout est ouverture face à moi, évasion, infini, immensité.
Les pensées qui me minent continuellement chez moi ont dû être emportées par une vague.
Il me suffit d'un ailleurs dépaysant où je peux respirer librement pour ressentir le bien être en moi.
Ici la vie est belle à travers cette immensité mouvante où tout semble possible.
Aucun mur ne vient arrêter la mer, seul l'horizon se profile et derrière lui je devine des chemins encore plus grands qui m'attendent.
Ici je me ressource, je puise mes forces dans cet élément marin, et l'apaisement s'infiltre en moi, jusqu'à la prochaine fois.



 
Ecrit par adagio, a 21:42 dans la rubrique "La note du jour".
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Samedi (09/05/09)
Dolce vita

Derrière moi j'entends la pluie crépiter sur la fenêtre du toit, dans mon dos je sens la chaleur de mon chat (place de choix bien au creux du grand fauteuil), dans la pièce à côté la radio anime le calme de cette journée à la maison.
Grand week-end tranquille, bien-être du mois de mai aux petites semaines.

Ce soir A. vient dîner ici et demain je passe l'après-midi avec S. Donc là je savoure ce moment où je peux prendre tout mon temps, sensation que je vénère par-dessus tout et que malheureusement je ne peux réaliser que rarement (le week-end en fait).
J'ai besoin de ne pas sentir l'urgence, la précipitation ; sinon cela me stresse.
Prendre le temps de vivre, et aussi de se faire à l'idée de ce qui va advenir. Peut-être la nécessité inconsciente de sentir une certaine sécurité autour de moi.

Pourtant certaines idées sombres tournoient aussi, et je leur décoche régulièrement les flèches enflammées de mon envie de sérénité pour que ce soit la lumière optimiste qui domine.
Il me reste encore tant à régler en moi ; ce passé à la charge persistante, ce présent qui en subit les séquelles et qui en plus est confronté à des difficultés que j'ai désormais plus de mal à affronter. (comme si ma tolérance face à certains conflits était arrivée à un point limite)
Je sens néanmoins en moi toujours cette force qui me caractérise  et qui parvient malgré tout à me faire aller de l'avant. Car je refuse de me retourner (la femme de Lot ou encore celle d'Orphée sont là pour témoigner combien il est dangereux de le faire...).

J'ai heureusement près de moi très souvent l'écoute toujours attentionnée de S. et son affection réconfortante lorsque la tristesse m'étreint. Et bien sûr elle est là aussi pour partager mes enthousiasmes débordant, ce qui lui permet d'affiner sa connaissance de mon être complexe et d'affirmer ainsi avec raison que je vis en dents de scie et que je suis capable de sauter d'un gouffre au sommet d'une montagne. (cela doit être mon côté Super Héros !!)

Aujourd'hui en tout cas je n'ai pas envie de me prendre la tête, je sais que les gouttes de pluie derrière moi vont bientôt cesser et que la douceur déjà savourée hier soir lors d'une balade pré-nocturne va de nouveau m'apporter ce sentiment enivrant qui élève mon sourire vers l'immensité, celui qui me fait répéter doucement au fond de moi que je suis bien, et que je parviendrai un jour à effacer le gâchis passé et présent que j'ai pu côtoyer.

Un regard vers l'étirement langoureux de mon chat me rappelle aussi combien le bonheur peut être simple comme une caresse.

Ecrit par adagio, a 13:27 dans la rubrique "La note du jour".
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Dimanche (26/04/09)
Soleil du désir
Rêve de chaleur.
Besoin de sentir la caresse des rayons sur mon corps nu.
Les yeux fermés, l'atmosphère environnante emplie du silence lourd et pourtant serein d'une fin de journée où le soleil a posé toute sa force sur la terre.
Impossible de bouger, ma volonté est endormie.
La caresse s'affermit et je m'amuse un instant à la sentir me parcourir sur chaque partie de mon immobilité attentive.
Je parviens à poser mon esprit ; je me refuse à désirer une autre caresse, aujourd'hui seule la puissance de l'astre me comble.
Tout mon être se tend, je me sens grandir ; hors du monde je m'évade vers l'infini, ailleurs, loin, dans une chaleur aussi apaisante qu'affermissante.
Le soleil est en moi, si j'ouvre les yeux j'ai la conviction que mon regard brûlera tout car je sens son éclat déjà vouloir m'emporter.
Rien ne compte, tout est oublié ; je m'envole.
Mes ailes sont-elles solides ?
Peu importe.


Ecrit par adagio, a 13:25 dans la rubrique "Appoggiature".
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Samedi (07/03/09)
Après son départ
Je sais que mon amour envers elle est terminé, même s'il m'a fallu beaucoup plus de temps qu'elle pour l'accepter.
Peut-être a-t-il été plus simple pour elle de tourner la page parce qu'elle est tombée rapidement amoureuse après moi ? (ou pour être plus juste, à la fin de notre histoire, puisqu'elle est partie avec un autre, me laissant devant le fait accompli).
Désormais je suis moi aussi capable de dire comme elle le faisait déjà dans les cendres encore chaudes de notre amour : "je ne t'aime plus".
Pourtant cet amour fort qui nous reliait n'a pas disparu totalement, le sentiment amoureux n'existe plus certes, mais des bribes de la beauté, de la force de notre union subsistent et parfois resurgissent sans préambule.
En ce jour je n'aime plus la personne qu'elle est devenue, et quand je repense à toutes ces années passées avec elle ou vers la fin à l'attendre alors qu'elle pensait déjà à un autre, c'est plus le sentiment de s'être trompé à son sujet qui l'emporte. J'ai cru en une image d'elle, et j'ai eu tort. C'est peut-être aussi pourquoi je ne lui en veux pas véritablement d'avoir laissé tomber notre histoire (et moi avec) ; elle ne me correspondait pas, c'est tout. Elle n'était pas celle que je croyais, j'avais une image d'elle erronée par l'amour.
Actuellement je la sais avec un autre, a priori heureuse. Je ne vais pas comparer nos histoires, car je sais combien l'amour peut fausser les perceptions. Tant que ces deux là se regarderont avec les yeux de l'amour, leur histoire sera belle ; comme la nôtre l'était.
J'ai eu mal lorsqu'elle est partie, j'ai senti mon coeur se déchirer car la naïveté de mon amour envers elle avait aveuglé mon regard : je n'avais rien pressenti de sa lassitude, de son besoin de vivre autre chose. Je l'aimais, j'avais besoin de son amour aussi et je comptais sur elle. Je n'ai pas vu combien mon amour ne lui suffisait plus et que les soucis que j'avais alors lui pesaient beaucoup trop. Moi je voulais juste qu'elle soit là pour m'aider à traverser une étape importante et difficile de ma vie, et je n'ai pas compris que c'était trop dur pour elle. Elle s'est détachée de ma vie au moment où je n'avais plus qu'elle à qui m'accrocher : elle a choisi sa vie, et non la mienne. En quoi pourrais-je lui faire quelque reproche que ce soit ? On n'a qu'une vie, on ne doit rien imposer à l'autre, même par amour.
Nous devons assumer les choix que nous faisons, aimer quelqu'un, ou le quitter.
Mais au fond de moi la blessure reste là ; parfois une bouffée de tristesse m'envahit, une sensation de gâchis, une interrogation aussi sur la façon dont elle repense (ou non) à tout cela, et cette question lancinante à laquelle je sais pourtant que jamais je ne pourrais apporter de réponse : et si c'était à refaire, est-ce que je m'embarquerai de nouveau sur la barque mouvante d'une relation avec elle ? A ce jour non bien sûr, mais à l'époque de notre rencontre, à l'époque de l'amour insouciant où rien ne compte hormis les deux êtres qui s'aiment ?...

Ecrit par adagio, a 18:44 dans la rubrique "Appoggiature".
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Dimanche (15/02/09)
Une longueur d'avance
La douceur de l'onde m'enveloppe de sa caresse réconfortante. Quelques longueurs ont suffi à rétablir la chaleur en mon corps car en ce mercredi soir, l'eau de la piscine n'est pas très chaude et si l'été c'est très agréable, en hiver il faut trouver une certaine motivation pour braver le froid et venir s'élancer ici.
Le dos contre le rebord, je souris face à S. qui vient à son tour se poser un moment. Non loin d'elle, V. continue sa prestation et cède beaucoup moins facilement que nous à la tentation du repos entre deux longueurs. Il a néanmoins accordé à S. les premiers moments d'entrée dans le bassin, quand le corps retrouve cet élément mouvant associé à un bien-être originel. Je le voyais tout attentif et délaissant pour l'occasion son "humour de mâle", entourant S. d'une belle douceur attentionnée qu'il montre rarement en public. Je côtoie ce couple depuis de nombreuses années, et j'ai eu cette chance d'avoir été témoin de cette solide construction qui les unit chaque jour davantage.
Répondant à mon sourire, S. me demande soudainement si je n'ai rien remarqué. Mon regard interloqué l'observe alors un peu plus attentivement ; rien au niveau de la coupe de cheveux, rien sur le visage. Je pose alors en riant les questions d'usage car connaissant mon amie et ses positions sur le sujet depuis si longtemps, je ne doute pas de ses réponses. "Tu n'es pas mariée ?",  "non", tu n'es pas enceinte ?"  :  ...
"oui".
Alors là je sèche.
L'étonnement est à son comble, et je ne trouve pas mes mots. Une immense émotion que je ne soupçonnais pas m'envahit.
S. attend un enfant. Elle porte en elle un petit être.
Tout s'emmêle en mon esprit, toutes les années passées non loin d'elle défilent, toute l'évolution de notre amitié surgit, tout ce parcours mené à ses côtés et tout ce qui a conduit à ce jour.
Impossible de former une phrase cohérente. Je parviens seulement à balbutier que c'est merveilleux ; mon trouble l'émeut à son tour et nous restons là, dans l'eau qui s'agite autour de nous lorsque des nageurs viennent terminer leurs longueurs à nos côtés.
Comment lui exprimer mon admiration ? ce respect immense que j'éprouve envers celle qui porte la vie ? Comment lui dire le bouleversement si beau qui s'opère en moi face à celle que j'ai aimé et qui a toujours su préserver notre relation si particulière ?
Je sens qu'il me faudra un peu de temps pour bien réaliser ce nouvel événement. S. m'assure qu'il en est de même pour elle. Ce petit être désiré va tout de même apporter de profondes modifications dans la vie de S. et V., et même si pour le moment elle ne veut pas trop penser à tout cela qui l'effraie légitimement, son regard profond indique qu'elle a conscience qu'elle n'est qu'au début d'une nouvelle étape.
C'est incroyable cette évolution opérée en elle, car nous avions déjà par le passé longuement discuté du fait d'avoir ou non un enfant (elle de son côté, et moi du mien). Et jusqu'à ce jour, j'en étais resté à cette évidence que non bien sûr, l'option enfant n'était pas envisageable.
C'est peut-être pour cela que mon étonnement est à son comble ce soir à la piscine : S. attend un enfant, elle l'a souhaité, et même si elle a peur de tout ce que cela va impliquer désormais, je vois bien que cette décision est la bonne. C'est le bon moment pour elle, pour eux, même si je n'avais rien vu venir avant.
On peut donc être persuadé durant une période qu'avoir un enfant n'est pas fait pour soi, et puis quelque temps après, au bout d'une longue maturation, comprendre que désormais c'est possible.
S. m'étonnera toujours ; mais quoi qu'il en soit, je resterai toujours non loin d'elle, et je sais que j'aime déjà ce petit être qui grandit doucement en elle.

Ecrit par adagio, a 19:13 dans la rubrique "La note du jour".
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Mardi (30/12/08)
Enfin savourer
Quitter son pays mais y revenir en fait. Car les racines sont là et je me rends compte en arpentant certaines images de mon passé dans ces lieux d'enfance que ces racines sont profondes, essentielles à mon être.
Suis-je en train de vivre le classique partir pour mieux réaliser ce que j'ai quitté ?
Se poser, prendre du recul, observer avec un nouveau regard.
Je crois que c'est la première fois de ma vie d'adulte que je ressens la période de Noël de façon presque apaisée, sereine.
Je prends le temps de savourer chaque jour, tranquillement, sans établir de grands projets.
Je laisse aussi des images de mon enfance revenir doucement.

Ce costume de Zorro, lors du Noël de mes six ou sept ans : je me souviens, je ne portais pas un déguisement, j'étais Zorro. Cela me semblait une évidence et je croyais que ça l'était pour tout mon entourage aussi. De même cette panoplie de cow-boy lors d'un autre Noël : la toute puissance m'habitait avec mes deux colts à flèches, je me disais que s'il y avait un problème moi je serais là et je défendrais les autres.
Enfance, ce sentiment d'être entier, d'être une incarnation de ce qui nous anime de l'intérieur, de vivre pleinement sa propre réalité que nul autre ne perçoit.

Je savoure ces longues vacances, les premières depuis si longtemps, je me laisse envahir par le calme de mon être qui se ressource.
Je me surprends à retrouver une saveur plus douce qu'amère à un environnement qui pourtant ne me correspond pas profondément et dont par le passé j'ai souhaité me défaire.
Mais pourquoi vouloir changer l'immuable ? J'accepte désormais, tout en gardant mes convictions, ma façon de penser. Je ne suis que de passage ici après tout , alors il serait dommage (et vain) de se gâcher des moments qui ne demandent qu'à être vécus tout en douceur.

Et puis, j'ai une nouvelle beauté féline à mes côtés désormais, et cela change tout à une vie :)
Ecrit par adagio, a 18:56 dans la rubrique "Appoggiature".
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Mercredi (10/12/08)
Robinson entre les flocons
Je crois que je n'ai toujours pas réalisé que ma nouvelle vie a commencé ici.
Peut-être parce que je n'ai pas encore eu le temps de lever la tête, que tout s'est enchaîné très vite, entre la confirmation de mon embauche, le déménagement, la nouvelle maison, l'adaptation au nouveau boulot, la découverte d'un nouvel univers, la prise de nouveaux repères : le terme "nouveauté" est mon actualité en fait, et j'ai hâte qu'il se transforme en "quotidien".

L'autre jour un détail m'a tout de même fait prendre conscience que mon choix était devenu  une réalité, que mon chemin de vie avait conduit mes pas vers l'avant et que j'avais effacé l'option "faire demi-tour" de mon parcours : en jetant mes cartons du déménagement, témoins de mon ancienne ville, de ma migration, je me sentais Robinson sabordant un radeau qui aurait pu le relier au monde connu de son passé. En les lançant vers la benne, je sentais en moi une cassure qui s'opérait et qui me plaçait désormais dans un présent où c'est moi-même qui avais choisi de couper certains ponts.

Ce matin je traversais la forêt pour me rendre à mon travail, et la beauté des parures enneigées étincelait sous le soleil frileux mais néanmoins présent.
Je souriais sur ce trajet qui est désormais le mien et qui m'enchante chaque jour. J'aime la nature, les grands espaces, la sérénité.
La neige hier est venue nous rejoindre dans l'après-midi, et la douceur des flocons virevoltant a tout de suite donné une résonance de calme à  l'ambiance tendue qui règne dans nos bureaux. Période chargée pour tout le monde, donc les nerfs sont mis à contribution et comme bien souvent c'est contre le responsable hiérarchique le plus élevé que s'élève la grogne. Il faut bien un exutoire au malaise interne, et la position de "chef" est toute désignée pour récolter les flèches du mécontentement.
De mon côté, je ne cède pas à cette facilité de s'en prendre à autrui, et je préfère sourire face aux flocons délicats qui peu à peu forment un doux tapis brillant.

J'aime cette image des flocons qui tourbillonnent : plein de petits morceaux d'apparence légère, douce, fragile même, mais qui une fois assemblés au sol peuvent constituer un rempart dur et solide. La beauté peut receler des dangers, je le sais, j'en ai déjà payé le prix.
Mais j'ai aussi appris par le passé à tracer ma voie au milieu d'une neige profonde et froide. Je fais de même désormais dans ma vie ; chaque pas posé est une victoire par rapport à l'ancienne route.
Si aujourd'hui ma vie me semble tourbillonnante, je sais en fait que ce tourbillon est naturel et passager.
A moi de savoir profiter des répits bénéfiques lorsqu'ils se présentent : en tout instant, savourer l'infime seconde où la sérénité s'élève.

Ecrit par adagio, a 17:00 dans la rubrique "La note du jour".
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Vendredi (05/09/08)
Il était une fois...
--> Si seulement cela ne pouvait être qu'une fiction...

Il était une fois, dans une contrée très proche, des gens qui croyaient avoir le pouvoir de détruire d'autres personnes.

La famille P. faisait partie de ces gens. En les voyant de loin nul ne pouvait se douter de cette volonté de pouvoir fielleux qui les habitait, et même en les côtoyant au quotidien il était difficile de percevoir la cruauté qui pourtant faisait partie intégrante d'eux-mêmes. Le problème était que cette cruauté mesquine ne s'orientait qu'envers certaines autres personnes, et que dans cette contrée ce pouvoir pouvait tout à fait passer pour légitime.

 
La famille P. pouvait ainsi détruire quelqu'un le matin et festoyer joyeusement le soir-même sans plus y penser.
 
Leur gras visage luisant de haine à l'encontre de quiconque s'opposait à leur point de vue (qui était le bon, forcément, naturellement) avait la capacité de se muer en grimace mielleuse face à celui qui voulait entrer dans leur cercle.

Lorsque le petit imprimeur de la ville de T. où ils habitaient entendit parler d'eux, il fut d'abord surpris puis réalisa que ce comportement était en fait assez courant. La famille P. avait un mode de vie qui lui convenait, et de ce fait était persuadée que tous devaient donc l'adopter et que tous ceux qui ne le suivaient pas (même sans s'y opposer) devaient donc être détruits. Et dans la ville de T. il était très facile de détruire ainsi des gens.

C'est en discutant avec l'ermite aux cheveux d'or qui vivait dans la forêt voisine que le petit imprimeur apprit l'histoire des deux encres ; il avait en effet retrouvé au fond de l'imprimerie un ancien document incomplet relatant une affaire où il était question d'encre, de jugement et de condamnation. Le nom de l'ermite y figurait aussi, ainsi que celui de la famille P.

L'affaire semblait de prime abord totalement absurde, et il fallait vraiment être un habitant de T. depuis plusieurs générations obtuses pour trouver cela tout à fait normal.

Quelques années auparavant, l'ermite aux cheveux d'or était en bonne relation avec la famille P. et parfois une collaboration professionnelle s'instaurait même entre eux. Le travail réalisé convenait toujours et la famille P. était à chaque fois satisfaite des résultats obtenus.
Le petit imprimeur ne comprit d'ailleurs pas tout de suite la nature du problème. Tout ce qu'il voyait était que l'ermite avait utilisé lors des premières étapes de conception une encre de violette alors que la famille P. préconisait, non, imposait, l'usage de l'encre de pomme. Cet usage n'avait aucune incidence sur la réalisation finale, c'est pourquoi la famille P. ne s'en était pas aperçu de prime abord. C'est par hasard qu'un fichier était parvenu sous ses yeux et que l'emploi de l'encre de violette avait été découvert.
Quoi ? C'est tout ? Utiliser une encre de couleur différente pouvait conduire à la destruction de quelqu'un ? Mais c'est absurde ! La famille P. avait un esprit borné au point de ne pas voir que la couleur de l'encre ne change rien au propos écrit ? Cela semblait inconcevable au petit imprimeur, mais il dut se rendre à l'évidence en lisant l'acte de condamnation : l'ermite avait l'interdiction formelle de publier  quoi que ce soit désormais dans la ville de T. et avait auparavant dû subir l'humiliation de la geôle, ainsi que la flagellation publique puis la marque de l'infamie au fer rouge. La ville de T. se targuait en effet d'avoir les moyens décisifs pour punir les contrevenants et dans cette contrée bornée, tout ceci semblait très naturel.

Suffoqué de tant de démesure à ses yeux, (il ne travaillait ici que depuis quelques années et ne s'était en fait jamais habitué à ces règles), le petit imprimeur voulut en savoir davantage et c'est ainsi qu'il se rendit en forêt pour rencontrer l'ermite aux cheveux d'or.
Plusieurs années s'étaient écoulées depuis l'affaire mais vu l'ampleur de la peine, le petit imprimeur était persuadé que l'ermite avait toujours le cœur broyé par l'infamie subie.
La souffrance vécue était en fait à la mesure de la déchéance ressentie : immense.
Mais le pire était le sentiment d'injustice qui ne parvenait pas à s'estomper. L'ermite n'arrivait pas en effet à comprendre en quoi l'utilisation de l'encre de pomme serait meilleure que l'encre de violette alors que le résultat obtenu était identique, et surtout comment des gens pouvaient faire volte face ainsi dans leur comportement à l'égard de quelqu'un auparavant apprécié : l'ermite n'avait en effet jamais changé, c'est le point de vue à son égard qui avait changé .

Et le pire, vraiment le pire, ne venait même pas du châtiment subi. Le petit imprimeur n'en crut pas ses oreilles.

Là où la famille P. montra toute l'étendue de sa fourbe mesquinerie fut le jour où elle accepta une nouvelle collaboration professionnelle avec un ancien compagnon de route de l'ermite aux cheveux d'or.
Les deux avaient exactement les mêmes méthodes, un talent similaire, un professionnalisme à toute épreuve ; nul n'aurait pu les différencier de prime abord au vu du travail réalisé.

Alors pourquoi accepter l'un et pas l'autre ?
L'ermite aux cheveux d'or se posait encore la question, se torturant jour et nuit à ce propos, sans obtenir d'autre réponse que l'utilisation par l'un de l'encre de pomme et par l'autre de l'encre de violette. Mais cet usage réglementé aussi arbitrairement était tellement absurde en soi qu'il était impossible de l'accepter naturellement pour son âme trop sensible.

Abasourdi, le petit imprimeur ne pouvait que constater que ces propos étaient véridiques, car il connaissait bien le compagnon en question et avait même été plusieurs fois témoin lors de soirées en ville de la grande amitié apparente que la famille P. lui accordait, le tout associé à de mutuelles flatteries  qui comblaient les égo de chacun.
Savoir qu'ils avaient détruit auparavant quelqu'un de si semblable à un détail près semblait inconcevable : comment pouvait-on avoir un tel comportement incohérent ? Comment pouvait-on accueillir l'un et détruire l'autre, avec pour seul argument la différence d'encre utilisée ?
Leur hypocrisie était invisible pour celui qui ne connaissait pas l'affaire, et eux-mêmes auraient été surpris si quiconque avait osé les accuser ainsi : ils étaient dans leur bon droit, l'encre de pomme était la norme dans la ville de T.et celui qui ne l'utilisait pas devait être détruit. Puisque le nouveau compagnon utilisait cette encre, il était donc accepté, c'était aussi simple que cela.

Aucune haine n'était dans le cœur de l'ermite aux cheveux d'or, mais une immense tristesse ainsi qu'un large sentiment d'écœurement stagnaient en profondeur.
La famille P. avait agi en fonction d'une norme qui heurtait la nature sensible de l'ermite, et sa torture actuelle après l'infamie subie était de voir son ancien compagnon prendre sa place comme si rien ne s'était passé.
La famille P. avait la conscience tranquille alors qu'ils avaient détruit quelqu'un. Bien qu'inadmissible  selon un certain point de vue, leur impunité était totale, et c'est cela que n'arrivait pas à admettre l'ermite aux cheveux d'or.
Son existence avait été rayée, balayée, anéantie. C'est comme si sa présence n'avait jamais été effective, tout le travail entrepris auparavant ne comptait plus, toute sa peine endurée était comme effacée aux yeux de ceux qui l'avaient provoquée.

Le petit imprimeur comprenait le bouleversement de l'ermite aux cheveux d'or, mais il savait qu'il était inutile de vouloir apporter des paroles d'un hypothétique apaisement de la situation. Même avec le temps qui atténuera la peine mais sans jamais totalement l'effacer, la blessure subsistera et il allait falloir  apprendre à vivre avec.
Nul ne pourrait changer la famille P. ; il  fallait accepter que de tels gens bornés dans leur discernement existent et il était préférable de sortir de leur route pour ne pas se faire salir par la boue de leur conduite. L'ingratitude est l'autre versant de la reconnaissance, et on peut être essentiel une période avant de sombrer dans les limbes enfouies de ceux qui se voilent la face pour ne pas avoir à se justifier d'avoir changé d'attitude.
Il fallait également accepter l'injustice apparente de voir d'anciens compagnons de route prendre sa place et savoir qu'officiellement rien n'était injuste dans ce choix. La famille P. n'aurait jamais à justifier ses actes, et aucune culpabilité ne les atteindrait. Tout était une question de point de vue, et de norme imposée. Tant pis pour celui qui s'en écarte, sa chute n'empêchera jamais les gens comme la famille P. de festoyer joyeusement le soir venu...

Par contre, le petit imprimeur était formel sur un point : cette famille abjecte dans son comportement n'avait certainement pas détruit l'ermite aux cheveux d'or, il était hors de question de croire cela car cela serait justement leur donner ce pouvoir. Alors certes, une partie de la vie de l'ermite avait été détruite mais absolument pas son être interne et profond.

L'heure était venue de tourner la page de cette triste histoire et d'aller dans une autre contrée, loin de ces gens fielleux. 

Construire une vie ailleurs était possible, là où l'expression des mots se jouait de la couleur utilisée et où la liberté n'était pas qu'un vain mot usé et ne servant en fait que de façade.
Pour la première fois depuis longtemps, l'ermite aux cheveux d'or retrouva alors son sourire, et plus important encore : la confiance en sa propre valeur.
La route vers l'apaisement total allait certes être longue, mais la décision d'agir était prise : en route vers la lumière !


Ecrit par adagio, a 22:03 dans la rubrique "Appoggiature".
Lire l'article ! (suite de l'article + 10 commentaires)
Dimanche (31/08/08)
Un parmi d'autres
--> Envie de mettre ici cet article publié chez l'une d'entre vous à la question : quel est le plus beau moment vécu dans votre vie ?
 

Parmi tous les beaux moments, difficile de choisir car leur différence les rend incomparable.
Mais un toutefois peut être partagé ici.

Une tente plantée en sous-bois, la chaleur paisible d’un après-midi, la sensation de liberté partagée par les quelques uns de mon groupe.
Un peu plus loin, une rivière s’étend paresseusement, elle s’offre aux rayons solaires et dans son lit des pierres judicieusement disposées forment un barrage. L’eau ainsi retenue dans ces creux donne l’illusion d’un nid où je m’installe. Le Paradis est en moi, je ferme les yeux, le clapotis passager ne me trouble pas, je n’entends plus les autres ; seule la chaleur se répand en moi, parcourt mon corps, m’offre des sensations jusque là inconnues.
Je suis libre, tout n’est que lumière et tranquillité autour de moi en cet unique instant présent, j’ai la conviction que je touche une partie de la vie que peu de gens connaissent. J’ai conscience de la chance inouïe de vivre ce moment, éphémère mais intense.
Je sais que pour moi le bonheur aura désormais cette image pleine de sensations.

J’ai dix ans, et je crois que plus jamais je n’éprouverai une telle douceur enivrante…

Ecrit par adagio, a 12:06 dans la rubrique "Appoggiature".
Lire l'article ! (suite de l'article + 7 commentaires)
Mardi (05/08/08)
Sotto voce
Je me laisse glisser dans l'onde, mes bras sont étirés devant moi, je ressens une immense souplesse en mon corps, une sérénité intense.
Etrangement l'eau semble celle d'un lac, une teinte vert sombre, avec des éclats de soleil resplendissant par endroit.
J'avance, je glisse, tout coule sur moi, rien ne m'arrête.
Malgré l'aspect sombre de l'eau, lorsque je plonge la tête dedans tout me semble clair, je vois parfaitement et cette fois tout est limpide, lumineux.

Quelle est cette voix qui me parvient de loin ? Elle est sourde, comme obscurcie, venant d'un autre monde certainement.

Mes yeux observent la beauté si claire qui luit sous l'onde sombre, pourtant je les ouvre de nouveau ; les chiffres lumineux indiquent que l'heure du réveil matinal vient de m'arracher au sommeil et la voix d'un chroniqueur radio reprend peu à peu sens dans les propos que je distingue nettement cette fois.

Une heure après, malgré la douche censée m'apporter la vitalité nécessaire pour commencer la journée, l'impression de flotter perdure en moi.
Je vois tout mon environnement à travers une sorte de douceur cotonneuse, un peu au ralenti.
Dans la voiture, le CD laissé en place hier soir se lance dès le démarrage.
La musique du film "Sagan" n'arrange pas mon état, mes pensées s'envolent, dans un ailleurs trop proche.

Les rues désertes d'un matin citadin en août laissent la fluidité s'installer aussi dans le trafic routier, il n'est pas 5 heures pourtant et je ne suis pas sur la place Dauphine, mais la ville s'éveille doucement.

Je sens que la journée de boulot va être calme, même si tous s'agitent autour de moi.

Aujourd'hui, la seule nuance que je pourrais exprimer me semble être sotto voce...
Et cela me plaît bien ainsi.




Ecrit par adagio, a 10:12 dans la rubrique "La note du jour".
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