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Tout en douceur

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Dimanche (11/05/08)
Sensualité
Je sens encore la caresse des notes au bout de mes doigts.
Lorsque je joue, tout mon corps s'implique et tout mon coeur s'applique.
J'allais dire, un peu comme lorsque je fais l'amour.
La relation à l'instrument est très sensuelle, limite charnelle parfois.
J'ai toujours un profond respect en moi lorsque je m'apprête à jouer. Je sais que ce sont mes doigts qui vont donner l'impulsion, mais je sais aussi que c'est lui, l'instrument, qui révèlera toute la sonorité.
Nous sommes indissociables et quand l'harmonie est atteinte, l'intensité est là, les notes s'enchaînent, mon corps tout entier suit le mouvement, mon souffle frémit, l'environnement s'estompe, tout s'évapore autour de nous, seule notre union s'élève... jusqu'à la dernière note qui résonnera encore longtemps en moi après.
Parfois l'émotion me gagne, mêlée à la sensation de plaisir.
Une sorte d'étonnement même s'empare de moi quand la Musique s'exprime grâce à moi. Elle est si belle, répondant à l'appel de mes mains et insufflant à tout mon être cette force infinie qui l'anime.
Je ne peux que l'approcher en fait, jamais la posséder entièrement, car c'est plutôt elle qui s'empare de moi et sait m'enivrer dans un mouvement sans celle renouvelé.
Moi je peux être l'auteur de ses variations, veillant avec attention à ses désirs et me laissant emporter par la fusion qui l'emporte à son tour.
Le ravissement est total.
Est-ce bien moi qui joue cela ?
Je réalise ce bonheur inouï d'avoir cette possibilité de prendre part, à ma mesure, à l'enchantement du jeu musical.
Le terme jeu m'interpelle d'ailleurs, car à mon sens on est nu face à la Musique, on se donne entièrement à elle, sans tricher, et c'est elle qui nous révèle.
Je l'aime pour cela.

Ecrit par adagio, a 21:02 dans la rubrique "La note du jour".
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Vendredi (09/05/08)
Liberté du moment
Parfois j'ai l'impression que la chaleur mêlée à la fatigue ne font pas bon ménage. Ou alors la fin de semaine ? Le fait de travailler aujourd'hui alors que la plupart des collègues ont pris le fameux "viaduc" si tentant et si semblable à des vacances ?
Hier le soleil et les jeux dehors avec les enfants m'ont fait oublier qu'il ne s'agissait que d'une journée hors du temps ; c'était d'ailleurs très agréable et j'en ai profité un maximum jusqu'au soir.
Mais après "hier" vient "aujourd'hui".

Est-ce que c'est possible d'effacer totalement certaines pensées négatives de son cerveau ?
Comme dans ce film étonnant : "Eternal sunshine of the spotless mind"...
C'est aussi tentant que terrifiant cette idée en fait.

Je n'aime pas parler du négatif (je n'aurais pas pu être photographe... limite la touche humoristique là, ok, j'assume !) ; je n'arrive pas à poser simplement les mots de certains déchirements intérieurs. Je reconnais que j'ai plutôt tendance à positiver l'existence, mais c'est surtout pour ne pas sombrer. J'ai appris très jeune à ne pas exprimer de plainte (avec en toile de fond le célèbre : "il y a pire de toute façon"... comme si cela pouvait aider à soulager sa propre peine...mais bon...).
Pourtant j'ai bien sûr moi aussi connu des peines de vie, dans tous les domaines, et certaines ne sont pas encore totalement adoucies.
Alors écrire pour soulager l'espace d'un moment un poids trop lourd ?
Peut-être.
Certains le font, certains y parviennent. J'apprécie d'ailleurs les lire ; lire tout ce que j'aurais pu écrire parfois ayant vécu des situations proches.
Qui n'a pas connu les errances de l'amour ? les espoirs déçus ? la peur de quelqu'un ? les bonheurs futiles mais essentiels ? les abattements du coeur ? les soubresauts d'une relation ? l'envie de partager ? la conviction d'avoir raison ? le doute qui fait autant stagner que progresser ? l'incertitude exaltante ? la sérénité d'un moment pur ? l'espoir du meilleur que l'on mérite tous ?

Quand j'en parle avec certains de mes amis, là non plus je n'arrive pas à "calimérer" (néologisme tiré du nom du célèbre poussin noir à la coquille sur la tête et trouvant le monde "vraiment trop injuste" !!) ; parfois j'en arrive même à me trouver pénible dans cette façon quasi constante de toujours positiver. C'est vrai quoi, cela doit être lassant pour les autres de m'entendre toujours présenter le côté lumineux d'une situation, de toujours voir là où l'on peut rebondir, de préférer évoquer les petits détails futils de la vie plutôt que les grandes questions existentielles de l'échelle personnelle (concernant donc : l'amour, l'avenir, le couple -ou non-, le boulot, la maison).
Mais si j'en parle très rarement, cela ne signifie pas que je n'y pense pas, ou que cela ne m'intéresse pas.
La preuve, j'aborde le sujet ici, même indirectement.

J'essaie aussi de comprendre ce qui me pousse à écrire ces lignes ici...
Est-ce l'impression de se parler à soi-même ? de poser sa réflexion de façon brut, en laissant le temps de l'écriture agir ?
Est-ce le besoin légitime (à mon sens) de vouloir communiquer avec d'autres sur des sujets qui peuvent interpeller (pour une raison ou bien une autre) ?
Est-ce le côté rassurant du masque de la toile ?

Et s'il n'y avait rien à comprendre après tout ?
Pourquoi se poser toutes ces questions au fait ? pourquoi ne pas faire comme d'habitude et laisser le flot de la vie s'écouler tranquillement au milieu des rochers qui la parsèment ?

Ici est peut-être un endroit apaisant en fait ; comme un refuge, une halte, une terrase ensoleillée. Des gens de passage viennent s'y poser quelque temps, sans forcément parler ; certains partagent ce qu'eux-mêmes ont apporté, offrent un sourire, une pensée, d'autres y puisent un réconfort, s'éclairent d'un point de vue autre.
On vit ensemble un même moment écrit, mais à des instants différents, avec des sensibilités différentes.
Et chacun en fait ce qui lui plaît, à sa manière.
J'aime cette liberté...


Ecrit par adagio, a 17:45 dans la rubrique "Appoggiature".
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Samedi (03/05/08)
Ici...
Plusieurs jours consécutifs de bien être : est-ce que c'est ça le bonheur ?
Partager des petits moments de vie avec des amis, vivre chaque journée avec intensité mais sans forcément la charger d'un programme hyperactif, rire pour des futilités, détourner le quotidien pour le rendre exceptionnel.
Hier soir on a passé plus d'une heure (ou deux ? Dans ces moments là le temps n'existe plus) à regarder sur Internet des vidéos parodiques ou des extraits de spectacles humoristiques.
On s'est éclaté comme des gamins insouciants, on n'a pas refait le monde dans de grandes discussions philosophiques (alors que parfois on peut passer des heures à le faire, ce qui est cool aussi), on s'est juste laissé porter par nos éclats de rire.
Quand je suis ici, tout mon être savoure l'immensité de chacune des secondes qui s'écoulent.
Cela fait des années que je viens régulièrement dans cette maison, à toutes les saisons : mais que ce soit sous la neige étincelante, la pluie mélancolique, la luminosité estivale ou encore la douceur qui s'éveille comme ces jours-ci, j'ai toujours eu le sentiment d'être dans un endroit apaisé, hors de tout conflit, en un mot : accueillant.
J'ai pourtant moi-même apporté ici tous mes états d'âme, selon les circonstances de ma vie, mais cela n'a jamais perturbé l'atmosphère souriante qui règne ici.
Au contraire même, c'est-à-dire qu'après un temps plus ou moins long d'adaptation ou d'apprivoisement peut-être (c'est mon côté renard...), la maison ici a toujours su me réconforter de ses grands bras solides et généreux.
Plusieurs fois il m'est arrivé de laisser ma peine s'envoler entre les nuages d'étoiles qui brillent la nuit au-dessus du jardin, mes doutes se poser, mes interrogations s'éclairer, de même que très souvent mon rire a retenti au milieu du chant perpétuel des oiseaux.
Pourquoi est-ce que la vie me semble simple ici ?
Et pourquoi est-ce que cette simplicité m'apporte un tel bien être ?
Il s'agit peut-être d'un de ces lieux où l'on vient se ressourcer, banal pour certains ou en tout cas semblable dans son quotidien à tant d'autres, mais unique pour moi et totalement adapté à ma nature. Le chemin du bonheur n'est pas universel, mais ici je sais que j'en ai trouvé un.
J'ai de la chance en fait.

Derrière moi, au moment où j'écris ces mots, j'entends le piano résonner avec vigueur dans une interprétation magistrale de la Gnossienne n°1 de Satie.
Je savoure, je me retourne et je lui souris.
:)
Ecrit par adagio, a 22:21 dans la rubrique "La note du jour".
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Des tomates au soleil
Pause de fin de journée, face au jardin encore repu du soleil vif de l'après-midi.
Je contemple les jeunes arbres qui veulent déjà jouer aux grands mais qui ne peuvent pour le moment qu'arborer seulement quelques bourgeons parfois fleuris et quelques feuilles qui tendent leur vigueur vers le ciel.
Mon regard se pose ensuite vers les piquets dressés fièrement aux pieds des tomates fraîchement plantées.
S'il paraît qu'une journée réussie est une journée où l'on a appris quelque chose de nouveau, alors j'ai gagné ma journée aujourd'hui.
Avec mes amis tout à l'heure j'ai en effet appris à planter des tomates en pleine terre. Deux heures sous un soleil de plomb, les gestes maladroits du début s'affinant progressivement, la main devenant plus assurée et prenant sans hésiter les granules d'engrais naturel, les orties fraîchement hâchées (pour protéger de maladies dues à des champignons) et le terreau au parfum évocateur d'un sous-bois, tout cela afin de constituer le petit nid douillet qui va enserrer le plant de tomate une fois en terre.
Le jardinage n'étant chez moi ni une vocation ni une passion, je m'autorise donc à une certaine fierté à contempler ce soir le travail accompli tout à l'heure.
J'aime bien ce moment où la journée s'achève et où le soir n'est pas encore totalement présent. Une petite fraîcheur s'installe à mesure que le soleil descend dans le ciel, j'ai troqué mon short contre un pantalon, une veste est venue recouvrir mes épaules.
Tout autour de moi la symphonie des oiseaux est à son paroxysme, un chat rôde sous les sapins, les insectes tourbillonnent, les pâquerettes offrent une dernière révérence à l'astre qui se voile progressivement d'un léger halot vaporeux.
Comment ne pas sourire face à une sérénité qui apaise ?
Encore une fois, je suis bien, et j'aime me le répéter, comme un murmure tranquille qui me caresse de toute sa douceur.

Seul compte l'instant présent.

Ecrit par adagio, a 00:29 dans la rubrique "La note du jour".
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Mercredi (30/04/08)
Et alors ?
--> :)
Aujourd'hui le soleil joue à cache cache.
J'aime bien d'ailleurs car il surgit toujours au moment où je ne l'attends plus. (comme les amours paraît-il...)
Et lorsque je sens sur mon bras à travers la fenêtre la chaleur de son rayon, immédiatement des idées de vacances, de détente, de farniente prennent place en mon esprit souriant :)
Ce qui est cool en plus là, c'est que ces idées vont prendre vie dès demain puisque comme chacun sait : demain on ne bosse pas !! :D (bon je parle en général là car forcément il y a toujours des exceptions). Et en plus je fais le pont donc double chance, avec évasion totale loin du quotidien.
Oui je le reconnais, j'ai vraiment de nouveau des raisons de me sentir bien ; peut-être aussi parce qu'en fait j'aime bien me contenter des petites choses de la vie qui procurent de petits bonheurs passagers mais intenses si on choisit de les vivre ainsi.
Là le simple fait de partir quelques jours suffit à me faire sourire : profiter un max du soleil, du changement d'atmosphère, d'un ailleurs qui deviendra là-bas mon ici et maintenant du moment. Parfois je me dis que ma simplicité à appréhender le bonheur doit paraître futile.
Peut-être en effet. Et alors ? :)
Mais je sais que ceux qui ont connu des moments difficiles (de quelque ordre que ce soit d'ailleurs) peuvent réagir ainsi.
A mon sens on a alors au moins deux voies possibles : se renfermer dans sa douleur et s'y vautrer en faisant payer les autres de ne pas souffrir autant ; ou bien laisser cette douleur derrière soi (sans l'oublier... mais en la regardant avec recul, en s'en servant comme brique de construction et non comme pilon destructeur), et continuer d'avancer, profiter du présent sans le laisser se ternir par un passé trop sombre.
Entre ces deux voies, il y a bien sûr toutes sortes de nuances, chacun essayant de vivre au mieux de toute façon :)


Ecrit par adagio, a 12:27 dans la rubrique "Appoggiature".
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Vendredi (25/04/08)
P'tite tête
Quel est l'intérêt d'écrire dans son agenda l'évènement important de la semaine si on ne consulte pas son agenda ? hum, je ne suis qu'une p'tite tête, voilà tout !
Mais la mémoire a des capacités qui m'étonneront toujours et soudainement ce midi, tilt : je me suis souvenu que c'était hier la date à ne pas oublier (bon ça va, un jour de retard, j'aurais pu faire pire !).
C'était inscrit en gros à la date du 24 avril, et sans aller vérifier dans l'agenda je me suis revu l'écrire : Pacs de P. et A.
Pour l'occasion j'avais promis en rigolant que je leur enverrai du riz, mais là bien sûr, à moins de louer un jet privé, ou plutôt une fusée supersonique qui sache remonter le temps, impossible que le riz arrive à temps.
Donc une seule solution : utiliser la technologie de l'époque ;)
C'est ainsi que A. a vu s'afficher ce midi sur son portable une photo représentant un coeur formé de grains de riz.
Bon ok, c'est cliché, c'est kitsch, c'est bla bla, mais je m'en fiche. Cela m'a fait sourire, et j'ai tenu parole de mon délire.
Peu de temps après, alors que j'étais sur la route du boulot, mon téléphone a sonné : c'était A qui appelait pour me remercier de vive voix. Comme quoi, la tradition du riz à la mode moderne a des côtés sympas !
J'aurais pu arrêter là ce récit, mais la conversation s'est poursuivie sur un autre sujet : après avoir parlé du Pacs, de l'engagement, du fait que ça ne changeait rien mais bon quand même un peu, et de petites choses liées à leur couple, A. a dit doucement à un moment : "bon et bien ça fait un mariage et un enterrement".
Blanc le temps de comprendre.
Puis enchaînement : "Oui, ma grand-mère est partie". Je ne sais plus si le terme "mort" a été employé mais j'ai compris assez rapidement.
On est d'ailleurs resté sur ce créneau de l'équilibre entre le bonheur d'un couple qui s'engage dans la vie et la tristesse naturelle d'un deuil inéluctable.
Je me souvenais de cette grand-mère qui nous avait prêté son appartement à tous les deux, lors des révisions du Bac. Souvenir lointain, mais vivant néanmoins. Force de la vie qui continue grâce à l'évocation.
Petit détail que nous avons évoqué avec un sourire ému, mais heureux face à cette époque révolue que nous avons vécue avec intensité.
J'ai aimé d'ailleurs avoir cette image ; même si cela n'enlève rien à la tristesse d'un départ, au moins la vie nous offre la possiblité de préserver de beaux souvenirs.
Dans l'après-midi mes pensées se sont envolées à un moment vers tous ces gens que j'ai connus et qui désormais ne sont plus.
Certains étaient de la famille, d'autres des amours, parfois de simples connaissances ; et en y pensant je réalisais encore une fois que ce n'est pas la mort en elle-même qui est triste, non, c'est la séparation d'avec quelqu'un de proche qui fait mal à ceux qui restent (même si l'on a une Foi en un Après, il n'empêche que sur le moment ça fait mal).
Et j'ai constaté aussi que ma réflexion sur le sujet avait encore progressé, ou plus exactement, que ma réaction face à l'annonce d'un tel départ avait évolué. Non que je banalise le fait, car je sais que la douleur peut être très forte de perdre un être cher (j'ai suffisamment expérimenté, mon coeur a déjà explosé plusieurs fois), mais disons que cela s'atténue en moi.
Peut-être qu'effectivement le temps fait son oeuvre.
Je ne croyais pas cela soit possible à une époque, mais ce que j'aime dans la vie, c'est justement toutes ces évolutions personnelles que nous vivons et qui parviennent toujours à nous surpendre.
Sans oublier cet autre aspect : celui de pouvoir se contredire soi-même ; d'affirmer quelque chose un jour et de penser une autre le lendemain.
Rien n'est figé dans la vie, il faut savoir rester ouvert et attentif à tout ce qui est en mouvement, y compris celui qui caractérise notre personnalité.
Ecrit par adagio, a 22:55 dans la rubrique "La note du jour".
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Mercredi (23/04/08)
A votre avis ?

Y a des matins où en se levant on sait déjà que la journée va être longue, où tout va nous énerver, où le moindre comportement des autres à nos côtés nous irritera et où on se surprend à rêver d'un ailleurs où tout vous sourit.

Mais les rêves c'est quand on dort, et là je n'ai même pas envie de faire l'effort de me rappeler que ma nature profonde préfère le sourire à l'irritation. (oui oui, j'ai eu un réveil difficile ce matin, vous savez ? style se lever du pied gauche !!)
Et si je me laissais un peu aller ? Après tout, cela peut aussi contribuer à se sentir bien de temps à autre de regarder sous le voile et de décrire ce qui s'agite là-dessous.

Pourtant je crois que je préfère lire chez les autres ce que moi aussi je peux ressentir parfois ; cela m'est plus simple alors de m'exprimer par le biais d'un commentaire. Même s'il m'arrive d'hésiter à en laisser car lorsque je lis des échanges entre plusieurs personnes qui semblent se connaître depuis longtemps ici, j'ai alors l'impression de faire intrusion au milieu de leur conversation et donc je n'ose pas ajouter ma note.

Faut-il dire quand on ressent la même chose que quelqu'un ? quand les mots écrits par d'autres pourraient être les siens ?

Je trouve que cette compréhension implicite est rassurante, dans le sens où l'on n'est pas seul à traverser les mêmes galères, à avoir les mêmes interrogations sur la vie, à se poser les mêmes doutes.( et aussi à savourer de mêmes petits moments de bonheur)

Et là, en pensant à tous ces textes lus ici, à toutes ces personnes que je découvre peu à peu à travers ce qu'elles veulent bien dire (ou suggérer), je me sens déjà mieux, l'esprit un peu moins assombri de manque de rêve (et de sommeil !).
C'est fou quand même ! Vos histoires, vos pensées, vos délires, vos doutes, vos tristesses, vos mots sont une porte ouverte vers tant d'ailleurs que finalement je me dis que le rêve du sommeil n'a rien à envier au rêve de la vie.

Ecrit par adagio, a 12:26 dans la rubrique "Appoggiature".
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Mardi (22/04/08)
En balade
J'ai les cheveux au vent, la voiture file et le soleil me chauffe agréablement les bras.
(Oui, je suis dans une décapotable, mais après tout : pourquoi est-ce que seuls les frimeurs et les petits cons auraient le droit d'y être ? ;) de même que les lunettes noires sont là pour protéger mes yeux, pas pour montrer autre chose).
Moi j'aime les plaisirs bruts, la sensation entière de la chaleur sur mon visage mêlée à la fraîcheur de l'air qui raffermit.
Comment ne pas sourire ? Comment ne pas se dire que la Nature qui se déploie autour de moi est belle ?
Je ne recherche pas la vitesse, ni à obtenir des regards envieux ou méprisants face au tableau que je dois former.
D'ailleurs je reste dans les chemins perdus, le long des champs, après la forêt. Je sais que la nuit ici des cerfs viennent discuter en bord de route, des renards s'arrêtent à la lisière avant de traverser d'un bond, des rapaces tournoient en quête de leur ration nocturne.
Dans la journée c'est paradoxalement plus calme, même si en fait, lorsque je pose le moteur et que mes oreilles se réadaptent à l'environnement naturel, toute une symphonie se révèle et que chaque être invisible à mes yeux prend soudain vie grâce à un chant unique qui est propre à chacun.
Je ferme les yeux, je souris, la partition de Beethov résonne un instant en moi, et je décide de me joindre à cet ensemble, mais sans rien dire ; parfois seule une présence souriante est suffisante.
Quelque temps après l'herbe douce accueille mes pas ; je la foule avec toute la délicatesse dont je suis capable, laissant mes empreintes se former dans la tendre verdure, savourant le velours des brins repus de soleil et humant le parfum enivrant du gazon fraîchement coupé.
Encore une fois la constatation éclate avec force : en cet instant présent, je me sens bien, et j'aime ça.
Je crois que je vais aller m'asseoir un peu, observer les fourmis que rien n'arrête, comme lorsque j'étais enfant.
Ecrit par adagio, a 20:34 dans la rubrique "La note du jour".
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Lundi (21/04/08)
C'est comme si c'était hier

J'ai revu B. samedi ; cela doit faire plus de cinq ans qu'on n'avait pas pris le temps de le faire (juste quelques échanges de texto ou de nouvelles par le biais d'autres personnes).
Mais j'étais tout à fait d'accord avec sa première phrase quand il s'est approché de moi : "C'est comme si c'était hier". C'est cool ce genre d'impression partagée, se dire que malgré les années passées, rien n'est cassé définitivement. Je l'avais quitté tourmenté, dans les affres de la jeunesse comme on pourrait dire (même si cette expression ne veut en fait pas dire grand chose !!), et là il me semblait de prime abord devenu ce qu'on peut appeler un beau et grand jeune homme. Ce que je lui ai immédiatement dit d'ailleurs, car pourquoi garder en soi un compliment quand il vous vient à l'esprit spontanément ?
Je me souviens de lui enfant, tête brûlée ou inconstant aux yeux d'une certaine norme ; qu'importe ? Je l'ai toujours apprécié tel qu'il est, et ses souffrances internes palpables ne m'ont pas fait peur.
C'est étrange d'ailleurs comme on peut ressentir déjà chez un enfant une sorte de lutte intérieure contre soi-même, contre le monde aussi peut-être, sans raison apparente (donc peu aisé à comprendre).
Là en discutant avec lui j'ai ressenti cette même tension qui continue de l'habiter, j'ai constaté aussi sur ses mains de nouvelles cicatrices côtoyant des anciennes, mais il a assuré que désormais c'était son travail manuel et les outils qu'il utilise qui lui procurent ces blessures aux mains. On a alors un peu évoqué l'époque où il cherchait presque à se détruire, à se faire du mal en tout cas.
Contre quoi se battait-il alors ? D'où lui vient cette violence qui sourd toujours en lui ? (mais qui ne s'exprime que contre lui). Est-ce qu'il le sait lui-même ? J'en doute, cela doit être confus tout cela.
J'observe ainsi depuis longtemps déjà son parcours de vie riche en chemins de traverse ; je ne sais si un jour il trouvera son apaisement intérieur, je le pense car quand il me parlait, il avait en lui une volonté d'avancer qui se dégageait avec force.
C'est touchant d'ailleurs de voir quelqu'un avoir pleinement conscience de ses combats personnels à mener, d'en parler avec sincérité mais pudeur aussi, et de se dire que la moindre des choses à faire est de croire en lui.
Pour que les autres aient confiance en eux, il est nécessaire de leur accorder notre confiance au préalable.

Ecrit par adagio, a 19:41 dans la rubrique "La note du jour".
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Dimanche (20/04/08)
Rencontre sur la place
Un simple souvenir à partager

Ce jour-là, je n’avais pas prévu d'itinéraire précis. Je parcourais tranquillement les ruelles de la vieille ville, longeant le petit cours d'eau et admirant les édifices s'adaptant à ses côtés. En ce milieu d'après-midi brillant de soleil, les touristes semblaient avoir préféré les bords du lac et je pouvais ainsi savourer ma balade en toute quiétude.
Sur une petite place après les arcades, ce que j’entendis et vis en même temps arrêta ma rêverie. Trois musiciens vêtus d'amples vêtements noirs assez fantaisistes s'amusaient à jouer des airs connus du répertoire classique, avec une décontraction désopilante qui les rendait semblables à trois clowns, comiques et virtuoses à la fois. Le public était peu nombreux et ce groupe jouait avec un entrain qui semblait démesuré. Une énergie et une vivacité entraînantes émanaient de chacun des instrumentistes. Malgré la diversité des timbres, une sensation d'harmonie imprégnait l'ensemble formé par le piccolo, l'alto et la clarinette. Le plaisir de jouer se voyait et s'écoutait avec ce trio.
Pendant un instant, j’ai fermé les yeux et j’ai laissé les rythmes qui fusaient avec force m’envoûter. En les rouvrant, mon regard a croisé celui de l'altiste. Ce dernier a esquissé un léger sourire et une lueur amusée brillait dans ses yeux clairs. Je lui ai rendu son sourire puis mon attention s’est détournée vers le clarinettiste qui venait de déclencher l'hilarité des quelques spectateurs présents en parodiant avec de grands gestes et des mimiques exagérées l'émotion du flûtiste apparemment très inspiré par son morceau. L'un après l'autre ou parfois deux s'alliant contre un soliste, les musiciens ont tourné en dérision leur interprétation, tout en offrant au public en plus de leur comédie une réelle virtuosité.
La fascination aurait pu s'éterniser, mais j’ai préféré partir avant que le charme premier ne disparaisse. Leur musique a accompagné mes pas quelque temps le long des rues, puis seuls quelques accents vigoureux du piccolo sont parvenus encore jusqu'à moi avant que le bruit de la ville ne reprenne sa prééminence. Cette agitation soudaine qui semblait soudain reprendre vie m’est d’ailleurs apparu pénible, aussi j’ai opté pour un pas un peu plus rapide afin d'atteindre assez vite une librairie tout proche.
Ecrit par adagio, a 19:39 dans la rubrique "La note du jour".
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