andbeyond : Musik++.
sequences : Lâcher prise
delirium : Groumpf, zourg, et autres sentiments contradictoires.
autumn591 : Borrower Dollar Loan Payday Ten
mangakadine : Mais qui est On? (4)
stupidchick : hey baby can you bleed like me?
lefiston-1000fzr : La nouvelle attraction du parc Astérix
Sensualité (25)
Un moyen comme un autre (18)
Viens dans mes bras (14)
A partager (10)
Inutile donc de chercher le calme ici.
Juste une certaine tranquillité.
L'immensité mouvante est mon lieu d'évasion par excellence.
Et mes pensées font plus de bruit que tout ce qui s'agite ici.
Combien de fois ai-je arpenté cet endroit ?
Impossible de compter.
Avec combien de personnes différentes ?
Là je pourrais me le rappeler si j'en faisais l'effort.
Je n'ai oublié aucune d'entre elles, et chacune a une place bien particulière dans le labyrinthe de ma mémoire.
C'est étrange d'ailleurs cette impression de pouvoir associer tant d'univers distincts en un même lieu.
Chacune de ces personnes représente une étape de ma vie, un passé qui revient comme les vagues : toujours nouvelles, toujours semblables.
Quand je me pose là, je me sens comme le goéland en équilibre sur un rocher, le remous s'agite autour de lui, il l'observe, il fait quelques pas, il hésite, l'eau monte, ou bien descend, et lui ne semble pas s'en émouvoir.
Mais peut-être n'est-ce qu'une apparence ?
Sur ces mêmes rochers que ceux où j'ai pris place aujourd'hui, je me souviens de certains projets élaborés, certains rêves entraperçus, certains drames dévastateurs, certains espoirs projetés, certaines larmes retenues, certaines tristesses m'anéantir.
Ici le temps ne semble pas exister, malgré le métronome incessant des vagues.
L'immuabilité apparente a en fait énormément évolué, tout comme moi.
Certaines tempêtes ont modifié le paysage tout comme mon parcours chaotique a opéré des transformations en moi.
Se reconstruire est-il une nécessité de la vie alors que déjà simplement se construire n'est pas toujours aisé ?
La vie est-elle un parcours initiatique pour certains ou bien pour tous ?
Faut-il obligatoirement vivre certains drames ?
Le bonheur n'est-il en fait pas absolu mais un apaisement consécutif ?
En rentrant de mon escapade maritime, dès le portail franchi, j'ai ce plaisir simple mais si touchant de voir trois des sept hôtes de ces lieux manifester leur intérêt face à mon retour.
Je sais bien qu'une âme rationnelle dirait que l'heure du dîner approche pour eux et que leur regard attentif au moindre de mes mouvements signifie en premier lieu : "Vas-tu enfin daigner nous apporter de quoi calmer notre faim ?"
Mais vu parfois certains carnages de plumes au détour d'un arbre, je sais très bien qu'en cas de nécessité ils peuvent se passer de moi.
Là de toute façon, j'estime qu'il est encore trop tôt pour eux, mais qu'en ce qui me concerne quelques tranches de saumon fumé en guise d'appéritif seraient parfaites à déguster sous la douceur d'un soleil timide.
Je m'installe donc sur la grande table blanche, non loin des félins curieux de mon attitude.
Ils sont cinq désormais, les deux plus craintifs ne se montrant qu'à l'ultime instant du repas servi.
Tout en dégustant mes fines tranches saumonées, j'observe le comportement de la communauté féline, et encore une fois leur hiérarchie me surprend.
La position supérieure revient à la femelle dominante, qui d'un simple regard (parfois tout de même assorti d'un vigoureux coup de patte sur le museau du téméraire qui oserait lui tenir tête !) sait se faire respecter.
Même le seul mâle parmi ce gynécée n'a aucun pouvoir, et il se fait d'ailleurs bien souvent malmener par les félines intrépides et sans complexes.
Toujours en retard, pas très dégourdi, n'imaginant même pas la moindre initiative et posant son regard simplet autour de lui, cet éternel placide me fait souvent rire avec ce comportement que je trouverai pourtant insupportable chez un homme. Mais là, de le voir essayer de trouver sa place au milieu des six femelles au caractère bien trempé, je ne peux que l'encourager et surtout ne jamais me moquer de lui (ni de personne d'ailleurs).
Comme je m'attardais un peu trop certainement, la plus entreprenante de la tribu a jugé bon de m'en avertir par un concert tout de même exagéré à mon goût. La pureté de son soprano s'est bientôt trouvé mêlée au déraillement d'un simili alto en train de muer provenant du cher placide.
Si son talent est d'imiter les autres à défaut de prendre une initiative, il n'a par contre pas vraiment le talent assorti.
Voyant que je ne bougeais toujours pas, la plus jeune s'est donc approchée de moi, trépignante comme à son habitude, voulant satisfaire son désir tout de suite et ne supportant aucune frustration. Face à cette jeunesse typiquement impatiente, j'ai souri de nouveau, et je l'ai rassurée, affirmant que j'allais bientôt aller m'occuper de leurs préparatifs.
Les trois autres femelles avaient compris d'ailleurs, et elles attendaient tranquillement sous les fenêtres, allongées de tout leur long ou bien les pattes rentrées sous leur poitrail.
Inutile de réclamer sur tous les tons semblait indiquer leur attitude, de toute façon le dîner finira bien par arriver. Alors attendons calmement, c'est tout.
Et au milieu, le gentil placide hésitait sur le comportement à adopter. Parfois il s'approchait des trois femelles, frottait son front sur les leur, recevait un coup de patte qu'il subissait stoïquement, puis revenait vers la plus jeune qui avait décidé d'investir la table.
Je me sens bien au milieu de tous ces chats, savourant la fin de journée dans un jardin resplendissant de parfums et de couleurs, oubliant toute contrainte, ne pensant qu'au moment présent, goûtant en fait tout simplement la saveur suprême de l'instant félin.
Les oiseaux ne chantent pas encore et le soleil hésite lui-même à se lever.
Comment ai-je pu avoir cette illusion de croire qu'un week-end serait suffisant pour se remettre de la semaine ? (et des précédentes...)
Une heure passe, puis deux.
Non, l'évidence est là : je n'arriverai pas à me rendormir.
J'ai l'impression que les pensées soucieuses ont décidé de me tenir compagnie aujourd'hui, ce qui ne me convient pas du tout.
Alors c'est parti pour la chasse aux idées tristes.
D'abord, un bon bol d'air frais par la fenêtre, suivi d'un grand bol de thé à l'arôme déjà réconfortant.
Puis, mon remède imparable, mon moment de délice, mon instant "rien qu'à moi" du matin : la douche.
Cela doit sembler naïf, mais le constat est pourtant là : quand l'eau glisse sur moi, c'est comme si elle emportait tous mes soucis, toutes mes questions, tous mes tourments.
Je règle la température très chaude et je laisse le jet presque brûlant me parcourir.
Je me retrouve ainsi dans un halo vaporeux, doux, hors du monde presque.
Et comme pour tous les répits, je le savoure un maximum, laissant chaque parcelle de ma peau s'en imprégner et se régénérer.
Et comme à chaque fois, je constate combien j'aime marcher.
C'est pourquoi ici, au boulot, lorsque je parviens à prendre une pause (je me l'impose en fait tous les matins vers 11h car sinon on peut faire du non stop sans problème là), je sors à l'extérieur de la boîte et je vais marcher aux alentours. Pas longtemps bien sûr, mais ces quelques pas me sont à chaque fois bénéfiques.
Tout à l'heure je sentais le soleil me chauffer le dos, et je fermais presque les yeux de plaisir (presque, car non je ne sais pas me déplacer sans regarder autour de moi).
J'avais l'impression d'être dans un ailleurs empli de douceur comme je les aime, loin de toute fatigue et de toute pression.
Lorsque j'ouvrais mes paupières mi-closes, mon sourire s'arrêtait sur la rocaille se chauffant entre les taillis, sur les arbustes s'élevant toujours plus haut, sur les fleurs qui s'épanouissaient en brillant sous la lumière vive.
Au retour, la légère brise ambiante s'agitait en riant dans mes cheveux souples et continuait sa caresse vivifiante sur mon visage reconnaissant.
Personne d'autre ici ne fait comme moi. Quand certains prennent une pause (principalement les fumeurs en fait), ils descendent juste en dessous de nos fenêtres, fument leur clope et remontent.
Ou alors ils s'entassent dans la salle de pause (une pièce dénuée de vie à mon goût, triste et froide) à boire du café et à délirer pour décompresser.
Aucun n'a l'idée (la volonté ?) d'aller marcher vers la colline avoisinante, d'aller changer d'atmosphère juste à côté, d'aller ouvrir son regard toujours un peu plus loin.
Quand je reviens de ma balade, je partage parfois avec mes proches collègues (non fumeurs, donc ne prenant en fait pratiquement jamais de pause et en tout cas ne sortant jamais de la boîte...) mes découvertes du jour, ou les nouveautés rencontrées en chemin.
Ce plaisir de marcher est en fait un besoin pour moi. Une nécessité. Je ne peux pas rester en place immobile. Sinon je m'étiole. Je ne pourrais pas être un végétal, toujours fixé au même endroit dans la nature. J'ai besoin de déplacement, de changement.
Je constate aussi que je transfère cette envie de balade à travers mes lectures ici, au fil de toutes les pages que je parcours parmi vos écrits.
C'est ce qu'aime ici principalement : m'y balader, en toute liberté.
Je dois avoir au fond de moi une sorte de gène du pèlerin : j'aime ce côté nomade de passage. On ne sait pas trop qui il est, d'où il vient, où il va, s'il est en quête, s'il est en attente, s'il est sérein, s'il est porté par des convictions ou des espoirs.
Il est là, l'espace d'un instant, le partage s'installe un moment, puis il continue sa route. Ailleurs. Avant de revenir. Et là vous savez alors que le nomade transporte avec lui la fidélité.
Je suis sur une petite place, au soleil de l'Italie.
"Bevi un caffè ? Sì, grazie."
Nous savourons ensemble ce moment de détente, oubliant la foule qui se presse pour atteindre le vaporetto, laissant de côté ce temps que nous ne comptons plus ici.
"Molto bene, grazie"
Est-ce le parfum du café à côté de mon clavier qui m'inspire cette image ?
Est-ce une réminiscence d'une douceur lointaine mais toujours si belle ?
Je me laisse emporter par la fragrance qui m'entoure et m'enivre d'une saveur dont je veux oublier l'amertume.
Je bois lentement mon café, me délecte de chacune des gorgées, ressent la moindre goutte descendre en moi et laisse la chaleur m'envahir de son plaisir.
Mais là où je suis tout de suite le temps poursuit sa course folle.
Le répit illusoire s'évanouit, le café reprend sa finalité première de relanceur d'énergie. Du moins c'est ce que l'on pourrait croire et que beaucoup croient (au vu de leur consommation impressionnante...).
Mais moi je ne tomberai pas dans cette spirale, je veux juste garder le goût du plaisir, de l'envie spontanée.
Et pour me conforter dans ma volonté, je me repasse ce clip aussi fort que le breuvage qu'il dénonce avec humour...
Lorsque je joue, tout mon corps s'implique et tout mon coeur s'applique.
J'allais dire, un peu comme lorsque je fais l'amour.
La relation à l'instrument est très sensuelle, limite charnelle parfois.
J'ai toujours un profond respect en moi lorsque je m'apprête à jouer. Je sais que ce sont mes doigts qui vont donner l'impulsion, mais je sais aussi que c'est lui, l'instrument, qui révèlera toute la sonorité.
Nous sommes indissociables et quand l'harmonie est atteinte, l'intensité est là, les notes s'enchaînent, mon corps tout entier suit le mouvement, mon souffle frémit, l'environnement s'estompe, tout s'évapore autour de nous, seule notre union s'élève... jusqu'à la dernière note qui résonnera encore longtemps en moi après.
Parfois l'émotion me gagne, mêlée à la sensation de plaisir.
Une sorte d'étonnement même s'empare de moi quand la Musique s'exprime grâce à moi. Elle est si belle, répondant à l'appel de mes mains et insufflant à tout mon être cette force infinie qui l'anime.
Je ne peux que l'approcher en fait, jamais la posséder entièrement, car c'est plutôt elle qui s'empare de moi et sait m'enivrer dans un mouvement sans celle renouvelé.
Moi je peux être l'auteur de ses variations, veillant avec attention à ses désirs et me laissant emporter par la fusion qui l'emporte à son tour.
Le ravissement est total.
Est-ce bien moi qui joue cela ?
Je réalise ce bonheur inouï d'avoir cette possibilité de prendre part, à ma mesure, à l'enchantement du jeu musical.
Le terme jeu m'interpelle d'ailleurs, car à mon sens on est nu face à la Musique, on se donne entièrement à elle, sans tricher, et c'est elle qui nous révèle.
Partager des petits moments de vie avec des amis, vivre chaque journée avec intensité mais sans forcément la charger d'un programme hyperactif, rire pour des futilités, détourner le quotidien pour le rendre exceptionnel.
Hier soir on a passé plus d'une heure (ou deux ? Dans ces moments là le temps n'existe plus) à regarder sur Internet des vidéos parodiques ou des extraits de spectacles humoristiques.
On s'est éclaté comme des gamins insouciants, on n'a pas refait le monde dans de grandes discussions philosophiques (alors que parfois on peut passer des heures à le faire, ce qui est cool aussi), on s'est juste laissé porter par nos éclats de rire.
Quand je suis ici, tout mon être savoure l'immensité de chacune des secondes qui s'écoulent.
Cela fait des années que je viens régulièrement dans cette maison, à toutes les saisons : mais que ce soit sous la neige étincelante, la pluie mélancolique, la luminosité estivale ou encore la douceur qui s'éveille comme ces jours-ci, j'ai toujours eu le sentiment d'être dans un endroit apaisé, hors de tout conflit, en un mot : accueillant.
J'ai pourtant moi-même apporté ici tous mes états d'âme, selon les circonstances de ma vie, mais cela n'a jamais perturbé l'atmosphère souriante qui règne ici.
Au contraire même, c'est-à-dire qu'après un temps plus ou moins long d'adaptation ou d'apprivoisement peut-être (c'est mon côté renard...), la maison ici a toujours su me réconforter de ses grands bras solides et généreux.
Plusieurs fois il m'est arrivé de laisser ma peine s'envoler entre les nuages d'étoiles qui brillent la nuit au-dessus du jardin, mes doutes se poser, mes interrogations s'éclairer, de même que très souvent mon rire a retenti au milieu du chant perpétuel des oiseaux.
Pourquoi est-ce que la vie me semble simple ici ?
Et pourquoi est-ce que cette simplicité m'apporte un tel bien être ?
Il s'agit peut-être d'un de ces lieux où l'on vient se ressourcer, banal pour certains ou en tout cas semblable dans son quotidien à tant d'autres, mais unique pour moi et totalement adapté à ma nature. Le chemin du bonheur n'est pas universel, mais ici je sais que j'en ai trouvé un.
J'ai de la chance en fait.
Derrière moi, au moment où j'écris ces mots, j'entends le piano résonner avec vigueur dans une interprétation magistrale de la Gnossienne n°1 de Satie.
Je savoure, je me retourne et je lui souris.
:)
Je contemple les jeunes arbres qui veulent déjà jouer aux grands mais qui ne peuvent pour le moment qu'arborer seulement quelques bourgeons parfois fleuris et quelques feuilles qui tendent leur vigueur vers le ciel.
Mon regard se pose ensuite vers les piquets dressés fièrement aux pieds des tomates fraîchement plantées.
S'il paraît qu'une journée réussie est une journée où l'on a appris quelque chose de nouveau, alors j'ai gagné ma journée aujourd'hui.
Avec mes amis tout à l'heure j'ai en effet appris à planter des tomates en pleine terre. Deux heures sous un soleil de plomb, les gestes maladroits du début s'affinant progressivement, la main devenant plus assurée et prenant sans hésiter les granules d'engrais naturel, les orties fraîchement hâchées (pour protéger de maladies dues à des champignons) et le terreau au parfum évocateur d'un sous-bois, tout cela afin de constituer le petit nid douillet qui va enserrer le plant de tomate une fois en terre.
Le jardinage n'étant chez moi ni une vocation ni une passion, je m'autorise donc à une certaine fierté à contempler ce soir le travail accompli tout à l'heure.
J'aime bien ce moment où la journée s'achève et où le soir n'est pas encore totalement présent. Une petite fraîcheur s'installe à mesure que le soleil descend dans le ciel, j'ai troqué mon short contre un pantalon, une veste est venue recouvrir mes épaules.
Tout autour de moi la symphonie des oiseaux est à son paroxysme, un chat rôde sous les sapins, les insectes tourbillonnent, les pâquerettes offrent une dernière révérence à l'astre qui se voile progressivement d'un léger halot vaporeux.
Comment ne pas sourire face à une sérénité qui apaise ?
Encore une fois, je suis bien, et j'aime me le répéter, comme un murmure tranquille qui me caresse de toute sa douceur.
Seul compte l'instant présent.
Mais la mémoire a des capacités qui m'étonneront toujours et soudainement ce midi, tilt : je me suis souvenu que c'était hier la date à ne pas oublier (bon ça va, un jour de retard, j'aurais pu faire pire !).
C'était inscrit en gros à la date du 24 avril, et sans aller vérifier dans l'agenda je me suis revu l'écrire : Pacs de P. et A.
Pour l'occasion j'avais promis en rigolant que je leur enverrai du riz, mais là bien sûr, à moins de louer un jet privé, ou plutôt une fusée supersonique qui sache remonter le temps, impossible que le riz arrive à temps.
Donc une seule solution : utiliser la technologie de l'époque ;)
C'est ainsi que A. a vu s'afficher ce midi sur son portable une photo représentant un coeur formé de grains de riz.
Bon ok, c'est cliché, c'est kitsch, c'est bla bla, mais je m'en fiche. Cela m'a fait sourire, et j'ai tenu parole de mon délire.
Peu de temps après, alors que j'étais sur la route du boulot, mon téléphone a sonné : c'était A qui appelait pour me remercier de vive voix. Comme quoi, la tradition du riz à la mode moderne a des côtés sympas !
J'aurais pu arrêter là ce récit, mais la conversation s'est poursuivie sur un autre sujet : après avoir parlé du Pacs, de l'engagement, du fait que ça ne changeait rien mais bon quand même un peu, et de petites choses liées à leur couple, A. a dit doucement à un moment : "bon et bien ça fait un mariage et un enterrement".
Blanc le temps de comprendre.
Puis enchaînement : "Oui, ma grand-mère est partie". Je ne sais plus si le terme "mort" a été employé mais j'ai compris assez rapidement.
On est d'ailleurs resté sur ce créneau de l'équilibre entre le bonheur d'un couple qui s'engage dans la vie et la tristesse naturelle d'un deuil inéluctable.
Je me souvenais de cette grand-mère qui nous avait prêté son appartement à tous les deux, lors des révisions du Bac. Souvenir lointain, mais vivant néanmoins. Force de la vie qui continue grâce à l'évocation.
Petit détail que nous avons évoqué avec un sourire ému, mais heureux face à cette époque révolue que nous avons vécue avec intensité.
J'ai aimé d'ailleurs avoir cette image ; même si cela n'enlève rien à la tristesse d'un départ, au moins la vie nous offre la possiblité de préserver de beaux souvenirs.
Dans l'après-midi mes pensées se sont envolées à un moment vers tous ces gens que j'ai connus et qui désormais ne sont plus.
Certains étaient de la famille, d'autres des amours, parfois de simples connaissances ; et en y pensant je réalisais encore une fois que ce n'est pas la mort en elle-même qui est triste, non, c'est la séparation d'avec quelqu'un de proche qui fait mal à ceux qui restent (même si l'on a une Foi en un Après, il n'empêche que sur le moment ça fait mal).
Et j'ai constaté aussi que ma réflexion sur le sujet avait encore progressé, ou plus exactement, que ma réaction face à l'annonce d'un tel départ avait évolué. Non que je banalise le fait, car je sais que la douleur peut être très forte de perdre un être cher (j'ai suffisamment expérimenté, mon coeur a déjà explosé plusieurs fois), mais disons que cela s'atténue en moi.
Peut-être qu'effectivement le temps fait son oeuvre.
Je ne croyais pas cela soit possible à une époque, mais ce que j'aime dans la vie, c'est justement toutes ces évolutions personnelles que nous vivons et qui parviennent toujours à nous surprendre.
Sans oublier cet autre aspect : celui de pouvoir se contredire soi-même ; d'affirmer quelque chose un jour et de penser une autre le lendemain.
Rien n'est figé dans la vie, il faut savoir rester ouvert et attentif à tout ce qui est en mouvement, y compris celui qui caractérise notre personnalité.
(Oui, je suis dans une décapotable, mais après tout : pourquoi est-ce que seuls les frimeurs et les petits cons auraient le droit d'y être ? ;) de même que les lunettes noires sont là pour protéger mes yeux, pas pour montrer autre chose).
Moi j'aime les plaisirs bruts, la sensation entière de la chaleur sur mon visage mêlée à la fraîcheur de l'air qui raffermit.
Comment ne pas sourire ? Comment ne pas se dire que la Nature qui se déploie autour de moi est belle ?
Je ne recherche pas la vitesse, ni à obtenir des regards envieux ou méprisants face au tableau que je dois former.
D'ailleurs je reste dans les chemins perdus, le long des champs, après la forêt. Je sais que la nuit ici des cerfs viennent discuter en bord de route, des renards s'arrêtent à la lisière avant de traverser d'un bond, des rapaces tournoient en quête de leur ration nocturne.
Dans la journée c'est paradoxalement plus calme, même si en fait, lorsque je pose le moteur et que mes oreilles se réadaptent à l'environnement naturel, toute une symphonie se révèle et que chaque être invisible à mes yeux prend soudain vie grâce à un chant unique qui est propre à chacun.
Je ferme les yeux, je souris, la partition de Beethov résonne un instant en moi, et je décide de me joindre à cet ensemble, mais sans rien dire ; parfois seule une présence souriante est suffisante.
Quelque temps après l'herbe douce accueille mes pas ; je la foule avec toute la délicatesse dont je suis capable, laissant mes empreintes se former dans la tendre verdure, savourant le velours des brins repus de soleil et humant le parfum enivrant du gazon fraîchement coupé.
Encore une fois la constatation éclate avec force : en cet instant présent, je me sens bien, et j'aime ça.
Je crois que je vais aller m'asseoir un peu, observer les fourmis que rien n'arrête, comme lorsque j'étais enfant.
J'ai revu B. samedi ; cela doit faire plus de cinq ans qu'on
n'avait pas pris le temps de le faire (juste quelques échanges de texto ou de
nouvelles par le biais d'autres personnes).
Mais j'étais tout à fait d'accord avec sa première phrase quand il s'est
approché de moi : "C'est comme si c'était hier". C'est cool ce genre
d'impression partagée, se dire que malgré les années passées, rien n'est cassé
définitivement. Je l'avais quitté tourmenté, dans les affres de la jeunesse
comme on pourrait dire (même si cette expression ne veut en fait pas dire grand
chose !!), et là il me semblait de prime abord devenu ce qu'on peut appeler un
beau et grand jeune homme. Ce que je lui ai immédiatement dit d'ailleurs, car
pourquoi garder en soi un compliment quand il vous vient à l'esprit
spontanément ?
Je me souviens de lui enfant, tête brûlée ou inconstant aux yeux d'une certaine
norme ; qu'importe ? Je l'ai toujours apprécié tel qu'il est, et ses
souffrances internes palpables ne m'ont pas fait peur.
C'est étrange d'ailleurs comme on peut ressentir déjà chez un enfant une sorte
de lutte intérieure contre soi-même, contre le monde aussi peut-être, sans
raison apparente (donc peu aisé à comprendre).
Là en discutant avec lui j'ai ressenti cette même tension qui continue de
l'habiter, j'ai constaté aussi sur ses mains de nouvelles cicatrices côtoyant
des anciennes, mais il a assuré que désormais c'était son travail manuel et les
outils qu'il utilise qui lui procurent ces blessures aux mains. On a alors un
peu évoqué l'époque où il cherchait presque à se détruire, à se faire du mal en
tout cas.
Contre quoi se battait-il alors ? D'où lui vient cette violence qui sourd
toujours en lui ? (mais qui ne s'exprime que contre lui). Est-ce qu'il le sait
lui-même ? J'en doute, cela doit être confus tout cela.
J'observe ainsi depuis longtemps déjà son parcours de vie riche en chemins de
traverse ; je ne sais si un jour il trouvera son apaisement intérieur, je le
pense car quand il me parlait, il avait en lui une volonté d'avancer qui se
dégageait avec force.
C'est touchant d'ailleurs de voir quelqu'un avoir pleinement conscience de ses
combats personnels à mener, d'en parler avec sincérité mais pudeur aussi, et de
se dire que la moindre des choses à faire est de croire en lui.
Pour que les autres aient confiance en eux, il est nécessaire de leur accorder
notre confiance au préalable.
Thème inspiré par Bryan Bell.


